En mars 2026, j’ai décidé de passer le permis bateau. En cherchant de quoi réviser, je suis tombé sur le même mur que beaucoup de candidats : les questions officielles de l’examen ne sont pas publiques, et les applications payantes ne disent jamais quelle part du programme elles couvrent réellement. On installe une appli de plus sur son téléphone, on paie, et on révise à l’aveugle en espérant que ça suffise.
J’ai donc construit l’inverse : un site web gratuit, ouvert, qui s’ouvre dans un navigateur (rien à installer), qui apprend la théorie à partir de sources faisant autorité — et qui vous dit explicitement ce qu’il ne couvre pas encore.
👉 Essayer l’application · le code et les données

Ce que c’est, concrètement
Un outil de révision pour la théorie du permis bateau. Il propose un mode examen chronométré qui reproduit le format réel, et un mode entraînement où chaque correction est accompagnée de la règle d’origine citée : pas juste « la bonne réponse est B », mais pourquoi c’est la règle, et d’où elle vient. L’objectif est de comprendre, pas de mémoriser par cœur une liste de réponses.

C’est gratuit, sans compte, sans publicité, et le code comme les données sont ouverts. Il couvre aujourd’hui quatre pays — Suisse, France, Allemagne, Pays-Bas — derrière une même base. Les Pays-Bas sont arrivés en dernier : je n’ai pas besoin du permis dans ce pays, mais des gens commençaient à s’intéresser à l’application et il s’agit de l’un des pays d’Europe où ce permis est le plus utile. C’était l’extension naturelle.
Une précision honnête d’emblée : il s’agit de la théorie. Le permis demande aussi un examen pratique, parfois un certificat médical, et des démarches administratives. L’outil ne remplace pas ça (mais il vous indique le parcours : âge minimum, où s’inscrire, ce que ça coûte, chaque étape avec sa source officielle et sa date de vérification).
L’honnêteté sur la couverture, comme fonctionnalité
C’est le point qui distingue cet outil, et c’est volontaire. En passant des certifications, il m’est déjà arrivé de connaître « 100 % » des réponses au document d’entraînement et d’être pourtant surpris par de nouvelles questions durant l’examen. Le but est d’être transparent : on ne ment pas au candidat sur ce qu’on ne lui apprend pas.
Autre problème : comme les banques de questions officielles ne sont pas publiques, personne ne peut affirmer sérieusement « cette appli couvre 100 % de l’examen ». Les applications payantes le sous-entendent quand même. Moi, j’ai choisi de mesurer ce que je pouvais mesurer, de l’afficher, et de dire clairement où sont les trous.
- Allemagne — complet. L’examen allemand repose sur un catalogue officiel et public (ELWIS). Ce ne sont donc pas des questions « dérivées » : ce sont littéralement les questions de l’examen, reprises telles quelles et citées. Pour l’Allemagne, il n’y a aucun doute sur la fidélité.
- Suisse, France, Pays-Bas — solides sur les fondations, partiels sur le reste. Là, les questions officielles sont fermées. J’ai donc reconstruit des questions à partir de la loi (textes de navigation suisses, français et néerlandais), des règles maritimes internationales (COLREG), de la signalisation publique et de la météo officielle — chaque question renvoyant à sa source.
Comment mesurer une couverture face à un examen secret ? En utilisant le catalogue officiel allemand comme étalon : sur les règles harmonisées au niveau européen (qui sont en grande partie communes à ces pays), les questions officielles allemandes indiquent ce qui est réellement testé. On peut alors comparer ce que les banques nationales couvrent sur ce périmètre commun.
Le résultat : sur la partie mesurable, la couverture est substantielle. Mais cette partie mesurable ne représente qu’environ la moitié du contenu harmonisé, et pour la Suisse en particulier, le noyau opérationnel — règles de priorité, vitesse de sécurité, manœuvres — est aujourd’hui faiblement couvert, pas seulement « non mesuré ». La banque suisse penche fortement vers la signalisation et le droit.
Autrement dit : c’est une bonne base pour la loi et la signalisation, et un bon outil pour comprendre. Ce n’est pas encore un substitut complet à une préparation officielle, surtout en Suisse. L’application vous montre ce bilan, thème par thème, plutôt que de le cacher. Avant le jour J, faites un dernier examen blanc à partir d’une source officielle.
Comment c’est construit (pour les curieux)
La partie qui m’a le plus intéressé techniquement.
Une grande partie des questions du permis découle de la loi. Or la loi fédérale suisse est publique, et disponible dans un format standard et structuré (Akoma Ntoso, via Fedlex). On peut donc l’ingérer proprement et en extraire une base de connaissances articulée et citée. La signalisation est publique ; la météo vient de MétéoSuisse ; les notions pratiques (nœuds, manœuvres) s’appuient sur des sources libres et citées.
En creusant, un constat : la loi nationale n’est pas isolée. Les règles de navigation intérieure reposent sur un tronc commun européen, le CEVNI (sous l’égide de la commission économique des Nations Unies pour l’Europe), et les règles maritimes sur le COLREG. Chaque pays applique ensuite sa propre lex specialis — sa variation nationale par-dessus ce socle commun.
J’ai donc renversé l’architecture : un socle commun (CEVNI / COLREG), puis chaque pays comme une couche de spécialisation au-dessus. Ajouter un pays devient un seul fichier de description, pas une refonte. C’est ce qui a permis d’étendre l’outil à la France, à l’Allemagne, puis aux Pays-Bas rapidement.
La règle absolue, tout du long : ne jamais toucher aux banques de questions propriétaires (ni l’asa en Suisse, ni les opérateurs français, ni les examens types du CBR néerlandais). On part uniquement de textes de droit public ou explicitement réutilisables — d’où la mention systématique de la source et de la licence sur chaque élément. Le catalogue allemand ELWIS, lui, autorise la réutilisation à condition de ne pas le modifier ; il est donc repris à l’identique et cité, sans traduction.
Chaque pays a d’ailleurs sa propre façon de dire « la loi est à tout le monde ». En France, c’est une licence ouverte (Etalab). En Allemagne, une exception au droit d’auteur. Aux Pays-Bas, c’est le cas le plus net : l’article 11 de l’Auteurswet dit simplement qu’il n’existe aucun droit d’auteur sur les lois et décrets.
Ce que j’ai appris en l’utilisant moi-même
Depuis quelques semaines, je révise avec. C’est là que l’outil a le plus changé.
« Parce que c’est dans la loi » n’est pas une explication. Les fiches « pourquoi » qui accompagnent chaque correction sont rédigées à partir des articles cités, avec l’aide d’un modèle de langage, puis passées par une relecture. Au début, le modèle se contentait de répondre : la règle est ainsi parce que l’article X le dit. C’est vrai, c’est cité, et ça n’aide pas du tout à retenir. En le forçant à être précis — pourquoi la règle est telle qu’elle est — il se met à regrouper les règles et à en tirer des principes plus concrets. Exemple : les signaux sonores courts annoncent une manœuvre, les signaux longs portent une information. Moyen mnémotechnique : court quand c’est une alerte adressée aux autres. Une fois qu’on a ça, on n’apprend plus une table de signaux, on la déduit. Ce genre de théorie intermédiaire est ce qui fait la différence entre réviser et comprendre, et c’est devenu un critère de rédaction.
Où étudier, avec la couverture de chaque source. Un point que je n’avais pas prévu, et que l’assistant qui m’aide à construire l’outil n’a jamais jugé nécessaire pour une application de test — alors même que les conditions d’inscription à l’examen y figurent : une liste pour savoir où apprendre. L’onglet « Apprendre » propose désormais, par pays, une liste sourcée — le programme officiel quand il existe, les lois, les catalogues, les guides gratuits, et un manuel payant par régime, signalé comme tel et jamais recommandé — avec, pour chaque entrée, la part de la banque qu’elle couvre, par thème et par citation. Quand je révise, ça me dit quoi ouvrir ensuite.
Le droit ouvert a des trous savoureux. Les signaux et panneaux de la navigation fluviale française ne sont pas dans le texte du règlement général de police : Légifrance ne porte que la prose, les figures sont dans des planches publiées au Journal officiel. Elles ont fini par être récupérées — sous licence ouverte, officiellement, donc réutilisables. À l’inverse, le CEVNI et la signalisation SIGNI de l’ONU, qui sont pourtant le tronc commun de tout le monde, ne sont pas librement réutilisables : tous droits réservés, autorisation écrite requise. J’ai fait la demande ; j’ai eu la confirmation de principe mais j’attends un oui définitif (au 2026-09-11). En attendant, le socle commun s’appuie sur les transpositions nationales, elles, bien publiques.
Le principe intéresse au-delà de moi. Quelqu’un m’a contacté pour intégrer la banque de questions à sa propre base. C’est exactement ce que l’architecture promettait — une API claire, des données versionnées et exportables (Anki, Moodle) — et c’est la première preuve que ce n’était pas seulement une bonne idée sur le papier.
Pour qui c’est honnête — et pour qui ça ne suffit pas
Si vous préparez l’examen allemand : c’est un outil complet et gratuit, basé sur les questions officielles.
Si vous préparez l’examen suisse, français ou néerlandais : c’est une excellente façon d’apprendre les fondations légales et la signalisation en comprenant pourquoi, et de réviser gratuitement. Mais ce n’est pas, à ce jour, une garantie de réussite — complétez-le, surtout en Suisse, par une source officielle pour le noyau opérationnel.
Vous pouvez m’aider
Le maillon que je ne peux pas combler seul, c’est la validation par le terrain. Si vous avez passé l’un de ces examens récemment, ou si vous êtes moniteur, votre regard sur les questions vaut plus que n’importe quelle mesure automatique : vous savez ce qui tombe réellement, et comment c’est formulé. C’est exactement ce qui ferait passer l’outil de « base mesurée » à « vraiment fiable ».
L’outil est en ligne, gratuit, ouvert. J’espère qu’il vous aidera — et s’il vous manque quelque chose, dites-le-moi.